« La couleur n’existe que dans notre cerveau » : Médiation au Musée des Beaux-Arts

🌙 Le Contexte : Une Nocturne au musée

Le jeudi 12 mars 2026, le Musée des Beaux-Arts de Lyon a tenu la 11ᵉ édition de sa nocturne étudiante. Cet événement phare, qui attire chaque année des milliers de visiteurs (plus de 2 500 en 2025), transforme le musée en un laboratoire de créativité.

Placée sous le thème de la lumière, cette édition a mobilisé 130 étudiants issus de 34 formations différentes. Parmi les 21 projets sélectionnés, une équipe composée de doctorantes et post-doctorante : Louise Guymard, Laora Lamour, Sirine Louartani et Dr Marjolaine Gonon du Laboratoire de Tribologie et Dynamique des Systèmes (LTDS) de l’École Centrale de Lyon a proposé une médiation mêlant compréhension de phénomènes scientifiques et histoire de l’art.

L’objectif était de déconstruire une idée reçue : la couleur n’est pas une propriété intrinsèque de l’objet, mais une construction multisensorielle.

🔬 Les 4 Piliers de la perception

Ce quatuor a proposé un parcours didactique autour de deux chefs-d’œuvre orphistes :
Rythme de Robert Delaunay et Fillette aux pastèques de Sonia Delaunay pour présenter la chaîne de la couleur (Synthèse soustractive) et ses mécanismes. Pour qu’une couleur « existe », il faut la rencontre de quatre éléments :

  • L’Illuminant : La source de lumière et sa composition spectrale.
  • L’Objet : Ses pigments (chimie) et sa structure/texture (physique).
  • L’Œil : Les photorécepteurs (cônes) qui captent le signal.
  • Le Cerveau : L’interprétation finale et l’influence des contrastes environnants.
    Le couple Delaunay reconnait s’être inspiré des travaux du chimiste Eugène Chevreul et notamment de la “loi du contraste simultané des couleurs” qui montre comment l’environnement d’une couleur modifie notre perception de celle-ci : le même gris placé sur un fond rouge paraîtra légèrement verdâtre, et sur un fond bleu il paraîtra légèrement jaunâtre ou orangé. Notre cerveau fait apparaître la couleur complémentaire pour renforcer le contraste.

🦋 Peut-on voir des couleurs sans utiliser de pigments ?

Le parcours s’est achevé sur la présentations des recherches de menées au LTDS. L’équipe a présenté les couleurs structurelles (inspirées de la nature, comme les ailes du papillon Morpho), qui ne dépendent plus de pigments mais de Micro/Nanostructures géométriques.

Le saviez-vous ? Des structures géométriques telles que des LIPSS* (laser femtoseconde) ou encore des cristaux photoniques** permettent de manipuler la lumière.

✨ Un dialogue entre science et art.

Cette expérience de médiation souligne que voir une couleur, c’est déjà faire de la science. En faisant dialoguer les toiles des Delaunay avec la physique moderne, le LTDS et l’École Centrale de Lyon ont prouvé que le musée est un espace privilégié pour rendre la recherche accessible, vivante et poétique.
Nos remerciements à l’équipe du musée et aux étudiants en charge de l’organisation de cette nocturne, ainsi qu’au LTDS, au fablab de l’ECL et à l’ENTPE pour le prêt de matériel.

*Les structures de surface périodiques induites par laser (LIPSS pour Laser-Induced Periodic Surface Structures) sont des micro-structures régulières qui s’auto-organisent à la surface d’un matériau sous l’impact d’un laser à impulsions ultra-brèves. Cette technique permet de modifier les propriétés physiques d’une surface (couleur, adhérence, mouillage) sans ajout de produit chimique. En créant des réseaux périodiques, elles interagissent avec la lumière pour générer des couleurs structurelles par diffraction.

**Les cristaux photoniques sont des matériaux structurés à l’échelle nanométrique pour bloquer ou guider des longueurs d’onde spécifiques via une « bande interdite ». Ils permettent de fabriquer des fibres optiques à micro-canaux limitant les pertes de signal ou des capteurs de gaz changeant de couleur au contact de polluants.

Date de publication : 02/04/2026
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